Lac de Naussac : entre souvenirs submergés et nature renouvelée
En Lozère, la construction du barrage de Naussac et la création du lac artificiel, ont profondément modifié les territoires locaux. Si cette infrastructure hydraulique a été pensée pour répondre à des besoins humains, ses conséquences sur les habitants et sur la biodiversité (à la fois négatives et positives) soulèvent des interrogations sur l’équilibre fragile entre développement et préservation de l’environnement.
Le lac et ses mystérieux vestiges
Le lac de Naussac, de 10.8 km2, est alimenté par le ruisseau du Donozau. Il a été créé en 1980 près de Langogne (Margeride – Lozère) pour réguler le débit d’eau minimum de l’Allier. La retenue d’eau est de 190 millions de m3, soit l’équivalent d’environ 190 stades de football remplis d’eau.
Deux ans plus tard, le lac à englouti le village de Naussac initialement présent à l’emplacement du lac. Cela a engendré des conflits locaux et de nombreux foyers ont perdu leur habitation. En effet, au total, 10 villages ou lieux-dits, soit environ 70 maisons, ont été rayés de la carte. Et à ce jour, Naussac reste le dernier village sacrifié pour la construction d’un barrage en France.
Durant les périodes de sécheresse, le lac se désemplit et laisse transparaître les vestiges de cet ancien village. Cela a été le cas lors de la sécheresse de 2022, faisant remonter à la surface la triste histoire des habitants de Naussac.
Impacts sur les écosystèmes terrestres
Avant la mise en eau, la vallée de Naussac était un écosystème riche, composé de prairies, de bois et de terres agricoles. Ce paysage, abritant une biodiversité variée, a été englouti sous les eaux pour les besoins de l’Homme.
Cette construction, qui a permis la submersion de la vallée, a entraîné dans le même temps la disparition de nombreux habitats terrestres :
- Notamment les zones humides, essentielles pour la nidification de certains oiseaux.
- Ou encore les forêts où vivaient des mammifères et des insectes spécifiques.
Ainsi, des espèces locales, incapables de s’adapter à ces changements, ont vu leur population décliner, si ce n’est disparaître. Pour d’autres, ils ont dû migrer vers d’autres zones, souvent déjà occupées, entraînant des rivalités liées à la survie des individus.
Par exemple, les oiseaux inféodés aux milieux humides et prairiaux, ou encore certaines plantes endémiques. Toutefois, sans études écologiques détaillées menées avant et après la construction du barrage, il est difficile de fournir des exemples précis et vérifiés.
Un nouveau milieu aquatique
La création du lac de Naussac a donné naissance à un écosystème aquatique, offrant de nouvelles opportunités pour certaines espèces.
Tout d’abord, l’essor d’une faune aquatique. En effet, le lac a rapidement été peuplé de poissons, comme la perche, le brochet ou la truite, introduits pour le développement de la pêche. Ces nouvelles populations ont attiré des oiseaux piscivores, comme les hérons et les cormorans, qui trouvent dans le lac une source abondante de nourriture. Par ailleurs, des amphibiens, tels que les grenouilles, se sont adaptés aux nouvelles conditions du site.
De plus, c’est devenu un refuge pour les oiseaux migrateurs. Certains oiseaux font une halte migratrice et utilisent cette étendue d’eau pour se reposer ou se nourrir. Cela a enrichi la diversité locale des oiseaux tout en transformant la région en un lieu prisé pour l’observation ornithologique.
Perturbations hydriques
Loin de se limiter au site même du barrage, les conséquences de cet aménagement hydraulique se font sentir bien au-delà, en aval.
Certes sa régulation des cours d’eau limite les crues et les sécheresses, mais elle perturbe également les cycles naturels auxquels de nombreuses espèces sont adaptées. Par exemple, certaines plantes aquatiques et espèces de poissons, qui dépendent des crues saisonnières pour se reproduire, subissent des perturbations dans leur cycle de vie.
Un équilibre précaire entre progrès et nature
Bien que le lac artificiel ait permis de créer de nouveaux écosystèmes aquatiques, les pertes initiales en termes de biodiversité terrestre et les perturbations en aval soulignent la complexité des choix liés à l’aménagement du territoire.
Cet exemple nous invite donc à repenser les futurs projets d’infrastructure pour minimiser leur impact environnemental et mieux intégrer les enjeux de biodiversité.
Lac de Naussac - 14 juillet 2024
© Manon BONIN
Sources : L’Eveil de la Haute-Loire ; Wikipédia
