Le clonage, un espoir pour les animaux menacés

Le clonage, un espoir pour les animaux menacés

Introduction

            Le clonage existe depuis très longtemps. Les premiers ont eu lieu de manière naturelle chez les plantes : rejets, rhizomes ou stolon sont des clones de plantes qui les ont engendrés. Après tout, le clonage n’est autre que, d’après Futura-Sciences, « la reproduction à l’identique d’un individu. »

            Si le clonage chez les plantes existe depuis des milliers d’années, le clonage des animaux est une expérience de l’être humain et il n’existe pas dans la nature. Le premier animal cloné était une brebis du nom de Dolly, née le 5 juillet 1996. Depuis cet exploit, les techniques et les connaissances n’ont cessé de progresser dans le domaine, nourrissant rêves et espoirs fous.

            En effet, depuis que l’activité humaine a pris de l’ampleur, le réchauffement climatique et l’appétit vorace de l’Homme ont impacté l’environnement de manière durable. Cet impact se ressent sur le climat, la nature et les animaux. La pression humaine est si forte que certaines espèces animales se retrouvent menacées, dont certaines sont condamnées à une extinction pure et simple.

            D’après France culture et l’annexe 1, 12 500 espèces étaient menacées en 2017 et 2 700 étaient en voie d’extinction. Devant le risque grandissant d’une perte de biodiversité sans précédent, certains imaginent une solution pour sauver ce patrimoine naturel exceptionnel : le clonage.

             Mais est-ce une bonne idée ? Le clonage est-il vraiment un espoir pour les animaux menacés ?

             Pour répondre à cette question, nous verrons les bénéfices immédiats d’une telle méthode et des exemples de réussite. Nous verrons aussi comment le clonage peut influer sur l’espèce de manière positive. Dans un second temps, nous observerons les dérives d’une telle pratique et les risques d’eugénisme qu’elle pourrait entraîner.

A)  Le clonage : espoir d’un monde nouveau

Le changement climatique, le braconnage, la disparition d’habitats, l’acidification des océans, la pollution… (annexe 2), autant de causes pour autant de destruction d’espèces menacées. Toutes ces disparitions sont liées à l’activité humaine.

            Alors que le monde prend enfin conscience du problème, des plans de préservation sont mis en place. Malheureusement, certaines espèces sont, aujourd’hui, trop peu nombreuses pour se reproduire et revenir à un état normal. Des états et des scientifiques se tournent, alors, vers le clonage. Pour régénérer les espèces et leur offrir un renouveau, le clonage semble être la solution idéale.

1)    Clonage d’animaux menacés : un renouveau pour l’espèce

De nombreuses espèces sont menacées d’extinction par les activités humaines, de manière plus ou moins directe. Le clonage pourrait être, à terme, une solution pour réparer notre monde.

            Cette pratique pourrait permettre de contribuer à la dé-extinction, d’après l’article : « Sauvegarde la faune sauvage : quel rôle pour la dé-extinction », publié par le Muséum national d’Histoire naturelle, en 2019. Cet article prône une restauration de la faune sauvage et par extension des espèces menacées par le biais du clonage pour empêcher la 6e extinction de masse. Il stipule que même si le clonage ne pourra jamais remettre les individus à l’identique malgré toute la volonté humaine, celui-ci pourrait réparer les actes humains. L’article le dit lui-même : « La dé-extinction consiste à créer des organismes ressemblant à des organismes d’espèces disparues, dans le but de constituer des populations. La reconstruction de ces organismes s’appuie essentiellement sur trois approches : améliorer le phénotype, cloner et compléter les morceaux manquants du génome par des espèces proches. »

            Cette idée de sauvegarde des espèces est renforcée par Virginie Maris, une chercheuse en philosophie de l’environnement au Cefe (Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive). Virginie Maris promeut l’idée du clonage pour éviter l’extinction, dans les cas où la protection des espèces a échoué dans l’environnement naturel. Dans un entretien, du 12/09/2019, dédié à Reporterre, elle affirme que notre rôle est de réparer les dommages que nous avons causés.

            Pour promouvoir l’idée du clonage, plusieurs exemples s’offrent à nous. Dans un premier temps, nous pourrions parler de ce généticien japonais qui a réussi à cloner une souris morte depuis 16 ans. Cette révolution technologique pourrait permettre de sauver une espèce menacée, même si elle venait à s’éteindre. Nous pourrions alors prendre le temps de préparer son habitat pour lui permettre d’être plus sereine. La mort d’une espèce ne serait alors plus une extinction mais une disparition pour un meilleur retour dans un environnement plus sain.

            Enfin, nous pourrions mettre en avant cette espèce de chevaux des steppes d’Asie : le cheval de Przewalski. Cette espèce, grâce à une politique de reproduction et de préservation, est passée de 12 au début du xxe siècle à 2 000 aujourd’hui. Pour apporter plus de diversité génétique à une espèce qui en manque cruellement, un clone a été introduit. Le cheval ayant servi pour créer ce clone, a vécu quarante ans plus tôt. Donc, grâce à de nombreux clonages, l’espèce pourrait ne plus être en danger par un retour d’une diversité génétique relative.

2)    Clonage : Une possibilité pour se remettre en question

Le clonage est un espoir pour les animaux menacés. Il est un espoir pour leur permettre de renaître et c’est un espoir pour nous de comprendre nos erreurs. En effet, nombre d’espèces menacées le sont pour de nombreuses raisons (annexe 2). Braconnage (annexe 3), pollution, exploitation, changement climatique… la liste est longue.

            Malheureusement, on ne comprend la gravité d’une perte qu’au moment où on y est confrontés. Cette phrase est dramatiquement vraie pour les animaux menacés. Dans un article de National Geographic : « Sixième extinction de masse : un million d’espèces seraient menacées », on dresse les constats. Nombre d’espèces vouées à s’éteindre ont une importance plus que cruciale dans les écosystèmes.

En porte-étendard de ces espèces importantes qui s’éteignent, nous avons les insectes pollinisateurs qui ont un des rôles les plus importants qui soit. Il y a également des prédateurs qui régulent des espèces à reproduction rapide (reproduction r)…

L’article de National Geographic n’est pas le seul à alerter. Dans « Les scientifiques lancent un cri d’alarme » de Futura-Sciences, les rappels sont nombreux pour nous aider à nous souvenir de l’importance des espèces dans la biodiversité et pour l’avenir.

            Le clonage pourrait permettre de rétablir les écosystèmes détruits par la main de l’Homme, tout en nous permettant d’apprendre de nos erreurs. Dans un même temps, nous aurions des connaissances sur l’absence de ces espèces et les conséquences sur des écosystèmes variés. 

B)  Le clonage : le début de la dérive

Mais est-ce bien raisonnable ? Le clonage est-il le moyen de réparer nos erreurs ou de plonger plus avant dans une crise sans précédent pour l’être humain ? En effet, même si le clonage semble séduisant pour réparer nos erreurs, il pose bien des questions qui peuvent donner des réponses bien pires.

1)    Appauvrissement de la génétique

Le clonage conduit à l’appauvrissement génétique. Déjà évident chez les plantes, il l’est tout autant, si ce n’est plus, chez les animaux. Déjà, dans un rapport de l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments), en 2005, le problème du clonage était mis en évidence (p. 28 à 30). Le rapport concerne les animaux d’élevage, mais il peut tout autant s’appliquer aux espèces menacées. Le clonage conduit donc à de multiples problèmes comme l’appauvrissement génétique, la baisse de la fécondité, un déséquilibre métabolique…

            Le clonage, malgré de bonnes intentions, serait donc de plus en plus néfaste à mesure que les générations, descendantes des clones, s’appauvriraient. Le même rapport de l’Anses (p. 24 et 25) met en évidence les maladies découlant des clonages. Elle les classe en deux types : les monofactorielles et multifactorielles. Le rapport rappelle que certaines maladies pourraient faire des ravages dans les populations clonées. En effet, si tous les individus, ou une partie de la population, possédait le même patrimoine génétique, ils réagiraient de la même manière face à une maladie. De même, des maladies génétiques se transmettraient plus facilement entre les générations conduisant inévitablement à une disparition massive.

Enfin le clonage est une mauvaise idée, car le taux de réussite est bas. La mortalité est haute chez les embryons clonés, de même qu’après la naissance. Tout cela traduit une plus grande fragilité génétique préoccupante.

            Pour terminer cette partie, le rapport indique qu’il ne faut pas oublier le bien-être animal (p. 27). Les bébés pourraient souffrir de multiples pathologies handicapantes (le syndrome du « gros nouveau-né », par exemple).

2)    Un droit de détruire

Si nous pouvons créer, nous pouvons détruire. Si le clonage se banalise pour les espèces menacées alors, la sauvegarde aurait moins d’importance. Nombre d’entre elles sont braconnées pour l’ivoire, les cornes ou même la peau (annexe 3). En ayant les moyens de cloner les animaux menacés, nous pouvons faire penser à ceux qui braconnent que leurs actes sont sans véritable gravité car nous pouvons les remplacer par des versions identiques à celle tuées.

            Dans l’article de Futura-Sciences, paru le 18/12/2019, « Le clonage : 7 raisons de ne pas ressusciter des animaux disparus », les raisons s’appliquant aux espèces disparues se transposent à celles menacées. Tout d’abord, les causes de leur disparition, comme la disparition d’habitats ou le braconnage, sont toujours présentes. Il faut donc changer les mentalités et améliorer les conditions de réintroduction, avant une telle démarche. Ensuite c’est un gaspillage d’argent, comme il est dit dans l’article, « une étude parue dans Nature Ecology & Evolution en 2017 évalue par exemple à 360 000 dollars le coût de réintroduction du méliphage de Chatham, un oiseau disparu de Nouvelle-Zélande, rien que pour la première année. » De même, certaines espèces menacées demandent de très nombreuses ressources financières. L’argent déployé ne serait-il pas plus utile pour les espèces encore présentes et que nous pouvons préserver d’une dégradation ? Toujours dans ce même article, on rappelle le problème de consanguinité. En effet, en clonant plusieurs fois le même individu, nous aurons tôt ou tard des problèmes de ce type.

            Ensuite, il existe un problème moral. Toutes les espèces qui sont menacées ne pourront pas être sauvées. À partir de ce simple constat, on peut se demander quels seront les critères de sélection pour déterminer si une espèce est à sauver ou non.

            Le clonage serait donc plus une souffrance continue pour une espèce en fin de vie qu’un véritable espoir de retour à la normale.            

Conclusion

            Le clonage est donc une bonne intention mais une mauvaise idée. Les problèmes sont trop nombreux, les conséquences désastreuses et l’extinction inévitable. Tant que les problèmes, comme le braconnage, le réchauffement climatique, la disparition des habitats et bien d’autres, existeront, le clonage restera un pansement sur un problème trop grave.

            Ensuite, si nous parvenions enfin à maîtriser pleinement le clonage, en enlevant tous les problèmes qui y sont liés (maladies, dégradation génétique…), nous ferions face à un problème de conscience. En effet, nous ouvririons la porte à l’idée que nous pouvons tout détruire pour tout reconstruire selon notre bon vouloir. Et au lieu d’amener les consciences à s’ouvrir aux problèmes, nous ne ferions que poursuivre dans notre aveuglement.

            Le clonage est donc une boîte de Pandore qu’il vaudrait mieux ne pas ouvrir. Les dérives pourraient être plus catastrophiques que les solutions ne seraient bénéfiques. Le clonage n’est pas un espoir pour les espèces menacées. Le seul véritable espoir qu’elles peuvent avoir, c’est que les êtres humains finiront par apprendre de leur erreur. Assez vite pour que la sixième extinction de masse, déjà évoquée dans le rapport « Sauvegarde la faune sauvage : quel rôle pour la dé-extinction », 2019, n’ait pas lieu. 

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