L’éco-anxiété : un problème de société émergent ?

L’éco-anxiété : un problème de société émergent ?

Introduction

            Sécheresses, inondations, tempêtes plus puissantes, disparition d’espèces… Le réchauffement climatique est désormais visible partout et par tous. En plus de cette catastrophe planétaire, les déchets et les pollutions humaines sont un sujet d’inquiétude pour notre avenir. De nombreux reportages et une multitude de preuves sont désormais avancés pour convaincre le monde que le moment est venu d’agir.

            Cette prise de conscience rencontre encore des réfractaires, mais la réalité du réchauffement climatique est désormais ancrée dans une majorité d’esprits. Cette réalité effrayante crée des vocations pour améliorer le futur, mais génère également des angoisses et des peurs. Parmi elles : l’éco-anxiété.

             Le terme « éco-anxiété », ou solastologie, désigne la douleur de perdre son habitat, d’après l’article « Insomnies, angoisses, perte de motivation : qu’est-ce que l’éco-anxiété ? », mis en ligne le 03/09/2020.

            Cette prise de conscience de la dégradation de l’environnement est-elle la pathologie de quelques individus ou une panique générale d’un futur qui semble impossible à prévoir ? Lucidité ou peur irrationnelle ?

            Nous pouvons donc nous poser la question suivante : l’éco-anxiété est-elle un problème de société émergent ?

            Pour répondre à cette problématique, nous verrons dans un premier temps le lien entre collapsologie et l’éco-anxiété, avec l’avis de psychologues sur le sujet et leur vision de cette pathologie. Dans une seconde partie, nous nous demanderons si l’éco-anxiété n’est pas une prise de conscience réelle à cette crise de société.

A)  Un trouble de la société

L’éco-anxiété est un terme né en 1995 par Théodore Roszak, un écopsychologue américain, selon l’article « L’“angoisse écologique”, malaise des temps modernes ? », publié le 02/07/2019. Si l’éco-anxiété est un syndrome pré-traumatique, alors, comme tout syndrome, il ne peut être considéré que comme un trouble au sein de la société.   

1)    Collapsologie et détresse

Comme tous les troubles, l’éco-anxiété a une origine : soit l’angoisse d’un futur imprévisible, soit l’angoisse d’un futur apocalyptique un peu trop prévisible. Dans l’article « Qu’est-ce que l’éco-anxiété qui touche de plus en plus de français ? », mis en ligne le 25/10/2019, un sondage met en effet en lumière la peur de l’avenir. Les Français ont « un sentiment de détresse face au dérèglement d’un écosystème », d’après cet article. Pour les éco-anxieux, la réflexion est qu’il n’y a pas d’échappatoire au problème, « il n’y a pas de planète B », disent-ils. Ce sentiment conduit alors à l’éco-anxiété et à la collapsologie.

            La collapsologie est un courant de pensée qui parle des risques de l’effondrement de la civilisation industrielle. L’éco-anxiété est souvent la résultante de la réaction des personnes face à cette révélation qui se traduit en de multiples phases (déni, colère, marchandage, dépression, pardon, renouveau et sérénité), comme on peut le voir dans l’annexe 1.

Les éco-anxieux sont plus nombreux qu’on pourrait le croire. En effet, d’après « “Éco-anxiété” : quand la hausse des températures fait chuter le moral », édité le 23/07/2019, un groupe Facebook : « La collapso heureuse » rassemble plus de 16 000 membres. Des témoignages, comme celui de Vincent, 40 ans, qui se définit lui-même comme un éco-anxieux, montre que certains sont atteints de nombreux symptômes de cette éco-anxiété, listés dans l’annexe 2. Crises d’angoisse, maux de dos, colère, insomnie, déprime… les symptômes de ce trouble sont nombreux. De plus, nous avons le témoignage édifiant de Julie, une lycéenne de 18 ans, qui se définit comme éco-anxieuse après la découverte de la collapsologie. Depuis, elle éprouve une peur viscérale de l’avenir.

Enfin, dans « L’“angoisse écologique”, malaise des temps modernes ? », publié le 02/07/2019, un dernier témoignage, celui d’un écologiste, parle de dépression et de séances chez le psychologue pour tenir le choc face aux révélations dont il a pris connaissance.    

2)    Un problème psychiatrique individuel ?

L’éco-anxiété est donc un trouble dans l’esprit des personnes. Pour autant, est-ce un problème isolé ou bien un syndrome global à la société ?

Dans l’article : « “Éco-anxiété” : quand la hausse des températures fait chuter le moral », Christophe Bagot, un psychiatre, ne croit pas à une épidémie d’éco-anxieux ni même de phénomène sociétal. D’après lui, l’éco-anxiété n’est qu’un « phantasme de journalistes ». D’après ses dires, il n’a rencontré que cinq personnes évoquant un stress lié aux changements climatiques durant plusieurs mois. Ainsi, pour lui, l’éco-anxiété est un problème individuel et épars.

            Toujours dans le même article, Charline Schmerber, praticienne en psychothérapie, nuance cette idée. Bien qu’elle nie l’idée de maladie, elle rappelle qu’il n’existe pas assez de recul sur le phénomène. Néanmoins, elle pense que cela peut devenir pathologique.

Dans « Angoisse, dépression… L’éco-anxiété, l’autre effet du réchauffement climatique », mis en ligne le 08/08/2019, le médecin Alice Desbiolles propose une autre pensée. En effet, pour elle, l’éco-anxiété est quelque chose de réel sans toutefois être une maladie mentale. Pour elle, c’est une « sensibilité à l’état du monde ».

L’article « Qu’est-ce que l’éco-anxiété qui touche de plus en plus de français ? » précise que, concernant l’éco-anxiété, les médecins et psychologues sont assez divisés sur le sujet. Entre délire de journalistes et constatation du problème sur le terrain, l’éco-anxiété fluctue entre le problème psychiatrique individuel et celui collectif.

L’éco-anxiété est néanmoins un sentiment qui semble se frayer un chemin dans la société. Dans l’article « Quand le changement climatique attaque la santé mentale : et si votre dépression était de l’éco-anxiété ? », publié le 15/03/2019, il est affirmé que ce sentiment est partagé par des militants écologistes, des scientifiques et des citoyens.

Enfin, l’éco-anxiété peut être symbolisé par l’annexe 3. Celle-ci montre la différence de vision entre l’éco-anxieux et les autres.

B)  Une prise de conscience

Néanmoins, l’éco-anxiété est-elle un problème ? En effet, un problème est une question à résoudre qui prête à discussion dans une science.  À partir de cette définition, nous pouvons nous interroger sur notre problématique. L’éco-anxiété est-elle le symbole d’un problème de notre société ou l’expression d’une prise de conscience généralisée dans un contexte de plus en plus tendu ?

1)    Une nouvelle volonté de changement

Pourtant tout n’est pas perdu. En effet, quand certains voient un problème dans la société, d’autres y voient la démonstration d’une prise de conscience bienvenue pour l’environnement. À la fin de l’article du Figaro : « “Éco-anxiété” : quand la hausse des températures fait chuter le moral », Charline Schmerber, praticienne en psychothérapie, parle elle-même de réactions positives. Elle dit « cela montre une conscience psychique très élevée ».

            Dans l’article de Franceinfo « Quand le changement climatique attaque la santé mentale : et si votre dépression était de l’éco-anxiété ? », le dessinateur de BD, Gwen de Bonneval, s’est servi de son éco-anxiété pour créer une bande dessinée. Il y met en scène un personnage fictif éco-anxieux pour décrire le phénomène de manière innovante. En présentant ce personnage, il permet de communiquer au plus grand nombre cet intérêt de l’environnement. Lui-même espère faire susciter une prise de conscience plus importante chez d’autres.

            Dans l’article, on sait également qu’un patient atteint d’éco-anxiété s’est lancé dans la politique pour, comme Gwen de Bonneval, communiquer son intérêt et ouvrir les consciences de ceux qui refusent de considérer le réchauffement climatique comme quelque chose d’inquiétant. Il y a donc la transformation d’une idée anxiogène en une action bénéfique.

            Enfin, comme nous pouvons le remarquer dans les annexes 4 et 5, certaines personnes, comme le médecin Alice Desbiolles, tentent de communiquer cette idée aux autres via un autre format comme le livre.

2)    La solution de la crise climatique

Alors, la question peut légitimement se poser : l’éco-anxiété est-elle une solution à la crise climatique ?

            À cette question, nous pourrions répondre oui. En effet, l’éco-anxiété conduit à une prise de conscience bénéfique pour beaucoup. À la fin de l’article du Figaro « “Éco-anxiété” : quand la hausse des températures fait chuter le moral », il est expliqué que les personnes citées précédemment ont décidé d’agir. « Groupes de paroles, diminution de ses déchets, sensibilisation à l’écologie… », l’éco-anxiété a été bénéfique pour eux, pour prendre conscience du monde.

            Dans l’article de La Croix « L’“angoisse écologique”, malaise des temps modernes ? », on explique qu’après la prise de conscience, intervient un nouvel apprentissage sur la façon de vivre. La prise de conscience, c’est de se dire que l’homme est à la fois le problème et la solution. Le groupe Facebook « La collapso heureuse » partage même des idées pour favoriser le passage d’une manière de vivre à une autre, plus respectueuse de l’environnement.

            Toujours dans cet article, on voit que pour prévenir des problèmes dans l’avenir, certains éco-anxieux trouvent des solutions. Par exemple, Marc, qui possède des compétences d’ingénieur, s’est reconverti dans le secteur hydroélectrique pour transformer un moulin à eau en une source d’électricité propre.

            À la fin de l’article de Franceinfo « Quand le changement climatique attaque la santé mentale : et si votre dépression était de l’éco-anxiété ? », il est montré que chez beaucoup de personnes éco-anxieuses, de profonds changements se sont opérés. Changement de nourriture, arrêt d’utilisation de l’avion, permaculture, mouvement zéro déchet… autant d’actions de personnes éprouvant de l’éco-anxiété et qui, pourtant, agissent pour demain. Justine Davasse, une militante du mouvement zéro déchet, considère pour sa part que les éco-anxieux ne sont pas hors du coup, mais qu’au contraire, ils reflètent le besoin de changement pour assurer un avenir à l’humanité.

Conclusion

            L’éco-anxiété est un phénomène émergent de nos sociétés. On peut justifier sa naissance grâce à la date où il a été défini : en 1995. Néanmoins, on ne peut pas dire que ce terme est un problème. Certes, il peut apparaître comme un trouble dans les esprits de certaines personnes après une lecture ou une étude de la collapsologie, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne peut pas apparaître comme une solution.

            L’éco-anxiété est un stress pré-traumatique nous permettant d’anticiper un danger bien réel qui est celui de ne pas avoir d’avenir viable pour soi ou pour ses descendants. Ce stress est peut-être un déclic dans une société qui voit les avancées dangereuses du réchauffement climatique, la disparition d’espèces et la pollution omniprésente. Anticiper le danger est le seul moyen de pouvoir changer de manière profonde et radicale, notre façon de voir les choses et de les appréhender afin d’avoir un meilleur avenir. Dans le travail, nous avons pu voir que ceux qui étaient touchés par cette éco-anxiété avaient entamé des actions pour changer de mode de vie, pour en avoir un plus sain. Zéro déchet, arrêt du gaspillage alimentaire, action militante, communication… autant d’actions de personnes voulant faire passer un message à d’autres qui n’ont pas encore pris conscience du problème.

            Ainsi, pour répondre à la problématique, non, l’éco-anxiété n’est pas un problème de société émergent mais bel et bien une solution, une possibilité de réponse, à notre situation.

Leave a Reply